Lien autisme/surexposition aux écrans : une pure invention !

Et si on commençait par s’interroger sur ce qu’est l’état de l’art, en 2018, sur le lien entre la surexposition aux écrans (et non « les écrans », ce qui ne veut rien dire !) et l’autisme. Ce n’est pas inutile puisque depuis des mois, le collectif COSE distille dans les médias et via ses conférences l’idée selon laquelle l’abus d’écran peut provoquer une nouvelle catégorie d’autisme.

Cette affirmation a d’abord été insidieuse, à coup d’allusions à un autisme virtuel qui n’en serait pas vraiment un, à des troubles qui ressemblent à l’autisme mais n’en sont pas. Ce mode allusif a permis au COSE de se défendre, pendant des mois, en affirmant avoir été mal compris. Jusqu’à se poser en victime d’un fâcheux malentendu.

Aujourd’hui, le doute n’est plus permis puisque le lien surexposition aux écrans/autisme est désormais très ouvertement affirmé, à travers les récents écrits de Sabine Duflo dans son livre « Quand les écrans deviennent neurotoxiques » .

Voici ce qu’on peut lire en page 71 du livre :

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Les enfants décrits ici comme étant de « Type II » sont des enfants porteurs de potentialités autistiques qui se transforment en autisme en raison d’un environnement saturé d’écrans. Pour ces cas de type II, on nous dit qu’une guérison est possible et qu’une fois cette guérison acquise, l’enfant présente un profil de type Asperger. Nous reviendrons plus tard, dans un autre article, sur cette comparaison pour le moins osée.

Donc cette fois, plus de « troubles d’allure autistique », c’est à dire de troubles qui ressemblent à l’autisme mais n’en sont pas. Ceux-là sont les enfants décrits dans le « type I ». Non, il est ici question d’enfants bel et bien porteurs de potentialités autistiques (une sorte d’autisme « en gestation »?) qui se révèlent ou se renforcent en raison d’un abus d’écran. Le lien entre abus d’écran et autisme est donc établi par Sabine Duflo, sans qu’il soit désormais possible de prétendre que ceux qui s’offusquent de l’amalgame n’ont pas bien compris…

Le COSE n’a cessé d’affirmer ce lien et de le distiller auprès du public (vidéos YouTube, émission Envoyé Spécial, multiples plateaux télé, interviews dans les médias, conférences dans les écoles), des pouvoirs publics (le COSE a été reçu à l’Elysée !), des organismes publics (notamment les conférences organisées sous l’égide de la CAF et de PMI), des collectivités locales, des organismes de formation de professionnels de la petite enfance, et jusqu’au Congrès de MG France !

Or, que nous disent les recommandations de la HAS de février 2018 sur le lien autisme/surexposition aux écrans ?

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La HAS et le COSE sont donc d’accord sur le fait qu’un enfant surexposé aux écrans et qui, par ailleurs, n’a que peu d’interactions avec son environnement physique, peut voir son développement cognitif altéré. En revanche, la HAS rappelle qu’il n’existe à ce jour aucun élément dans la littérature scientifique permettant d’affirmer un quelconque lien entre autisme et surexposition aux écrans. Elle indique que les seules études identifiées à ce jour ont un niveau « moins que faible ».

Bien sûr, le COSE contourne cette objection en affirmant que justement, son « cri d’alerte » a pour objectif d’obtenir la réalisation d’études sur le sujet.  Et sur quoi se fonde son « alerte »? Sur des « constatations de terrain », exposées lors des conférences. Selon les jours et les lieux, il s’agit soit de « dizaines de cas » (on rappellera que le Dr Anne-Lise Ducanda, membre du COSE, d’apprête à publier sept études de cas… oui, vous avez bien lu, SEPT études), soit de « centaines de cas ».

Mais quel que soit le nombre, on reste rêveur devant la description de ces cas. Sur le site Internet du COSE comme dans le livre de Sabine Duflo, ces témoignages et « cas réels » sont en réalité bien étranges. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans de prochains articles.

Donc, nous posons la question :

  • En l’état actuel des connaissances avérées sur le sujet, est-il raisonnable de procéder par affirmation en décrétant l’existence d’une nouvelle catégorie d’autisme, au vu de quelques « dizaines » de constatations de terrain, de surcroît sujets à caution?

 

  • Est-il responsable de courir les médias pour instiller l’idée, chez les parents, les enseignants, les professionnels de la petite enfance, et bien sûr les pouvoirs publics, que la surexposition aux écrans peut causer ou potentialiser un autisme, sur la seule foi de ces quelques dizaines de cas ?

 

  • Est-il acceptable de donner aux professionnels de la petite enfance et aux professionnels de santé la consigne de mettre la question des écrans en 1ère ligne devant un enfant présentant des troubles du développement? Au risque de retarder les prises en charge qui seraient nécessaires s’il s’agit bel et bien d’autisme, et dont la HAS rappelle pourtant à quel point la mise en oeuvre précoce est importante?

 

  • Est-il tolérable de laisser dire que les enfants « guéris » de leur addiction aux écrans ne sont plus « que » des profils Asperger, qu’il n’est pas nécessaire de prendre en charge?

 

La réponse est évidemment négative. Le COSE procède par affirmations non prouvées, par extrapolation sur quelques dizaines de cas mal définis, et surfe sur l’intérêt des médias pour les questions d’addiction pour atteindre son but. Un but scandaleux qui est de faire sortir du champ du handicap les troubles de type Asperger ou TDAH, en les rattachant indûment aux « écrans ». Nous reviendrons plus en détail, dans un prochain article, sur les réelles motivations du COSE.

ST