Vote au Sénat de la proposition de loi contre l’exposition précoce des enfants aux écrans : pourquoi il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir !

Hier, le 20 novembre, la proposition de loi de Catherine Morin Dessailly pour lutter contre l’exposition précoce des enfants aux écrans a été votée au Sénat par 333 voix pour et 2 voix contre. Ce vote a été salué comme une « victoire en cette journée internationale des droits de l’enfant ».

Une victoire? Pas pour les enfants autistes, en tout cas. Mais pour s’en rendre compte, encore faut-il se donner la peine de dépasser les lieux communs et la bonne conscience qui prévalent habituellement sur ce sujet, et gratter un peu pour voir ce qui se cache derrière ces si bonnes intentions… Décryptage !

Un texte qui s’inscrit dans l’habituelle inflation législative française

Le texte adopté, provisoire dans l’attente de la navette législative, est plutôt succinct puisque il tient en un article unique ainsi rédigé :

« Le titre 3 du livre Ier de la deuxième partie du code de la santé publique est complété par un chapitre VI ainsi rédigé:

« Prévention de l’exposition précoce des enfants aux écrans

Article L. 2136-1 : Les unités de conditionnement des outils et jeux numériques comportant un écran contiennent un message avertissant des dangers des écrans pour le développement des enfants de moins de 3 ans. Un décret précise les modalités d’application du présent article. 
Article L. 2136 – 2 : Les messages publicitaires en faveur des équipements mentionnés à l’article L. 2136-1 contiennent un message avertissant des dangers des écrans pour le développement des enfants de moins de 3 ans. Un décret précise les modalités d’application du présent article.
Article L. 2136-3 : Des actions d’information et d’éducation institutionnelles sur l’utilisation des écrans sont assurées régulièrement en liaison avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel. »

Rien de bien révolutionnaire ni de très imaginatif, n’en déplaise à Catherine Morin Dessailly qui donne l’impression d’avoir mené un combat de civilisation avec ces trois articles. C’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle cette loi a obtenu une forte adhésion, non seulement des sénateurs qui l’ont votée les yeux fermés, mais également du grand public qui voit forcément d’un bon œil qu’on se soucie du bien-être des enfants de moins de 3 ans. Evidemment, qui pourrait être contre la protection des bébés, à part un psychopathe sans cœur?

On reste rêveur devant les deux premiers articles : de quels dangers exactement va-t-on avertir dans ce fameux message? Ce danger reposera t-il sur des faits avérés ou sur des constatations faites « au doigt mouillé » par des professionnels de terrain qui érigent en vérités absolues ce qu’ils constatent en consultation, sans tenir compte du moindre biais ? Pourquoi limiter ce message aux « unités de conditionnement des outils et jeux numériques comportant un écran »? Pourquoi cette fixette sur les écrans, cette polarisation sur l’objet et non sur son contenu et l’usage qui en est fait?  Est-ce à dire qu’un jeu numérique sans écran ne présente aucun danger et peut donc, sans problème, être mis entre les mains d’un enfant de moins de 3 ans? C’est tout bonnement ridicule ! Et ça montre surtout à quel point ceux qui s’emparent du sujet et le confisquent au nom de bons sentiments en sont ignorants !

Alors cette loi est-elle, finalement, une énième réglementation pondue à la va-vite, pour paraître dans l’air du temps, une énième loi inapplicable ou du moins sans effet réel? Malheureusement, ce n’est pas si simple. Derrière cette apparente banalité se cachent en réalité des enjeux bien plus importants que peu de gens, à commencer par les sénateurs eux-mêmes, ont saisis.

Des campagnes d’information institutionnelle….inspirées par le COSE?

Le troisième article est, à notre sens, beaucoup moins anecdotique que les deux premiers puisqu’il annonce des campagnes d’information institutionnelle sur le sujet, sous la houlette du CSA.

De quelle manière seront menées ces campagnes d’information institutionnelle, et sur la base de quoi reposeront-elles? C’est là que le bât blesse.

Pour mieux comprendre les enjeux, il faut faire l’effort de se replonger un peu dans la chronologie de cette campagne médiatique « anti-écrans » menée depuis 2017 par le COSE.

Dès 2017, le COSE, et en particulier le Dr Ducanda, lancent une campagne ultra médiatique, qui s’est poursuivie pendant toute l’année 2018, et qui fait la part belle à cette fameuse théorie de l’autisme virtuel, inspirée de théories roumaines non étayées.

Soyons clairs : l’autisme, qui n’avait rien à faire dans le débat sur la surexposition des petits aux écrans, y a été introduit à dessein, en guise d’épouvantail, pour faire monter d’un cran l’angoisse des parents et susciter une adhésion plus large à « la cause ». Objectif atteint, particulièrement après l’émission Envoyé Spécial dont on connaît les ravages.

Le mot « autisme » est sans cesse prononcé dans les vidéos, les conférences, les émissions, en entretenant une habile confusion entre « autisme » et « signes ou troubles autistiques ». A la sortie du livre de Sabine Duflo, autre membre du COSE, en octobre dernier, le doute n’est plus permis : il est clairement évoqué un autisme  » provoqué ou potentialisé par les écrans ».

On rappellera qu’à aucun moment le COSE n’a été capable de fournir la moindre étude scientifique un tant soit peu fiable et sérieuse à l’appui de ses affirmations. Le Dr Ducanda se contente d’évoquer SEPT malheureux cas d’enfants qui auraient été faussement diagnostiqués autistes alors qu’en réalité addicts aux écrans. Ne parlons même pas des cas relatés sur le site Internet du COSE ou dans le livre de Sabine Duflo, qui sont bourrés d’invraisemblances et d’incohérences…

Il ne s’agit donc en rien de données scientifiques établies ou du moins un tant soit peu sérieuses, qui feraient de ceux qui les diffusent des « experts » sur la question. Or, on constate que le CSA a placé en position d’experts, en les auditionnant, en les citant, en s’inspirant de leurs « travaux », des membres du COSE, dont Sabine Duflo qui a participé à de nombreuses rencontres avec Carole Bienaimé Besse, conseillère au CSA et chargée de la question de la surexposition aux écrans…

Sabine Duflo fait d’ailleurs partie du « comité d’expert jeune public » du CSA mis en place en janvier 2018 par Carole Bienaimé Besse.

Tout porte donc à croire que ces fameuses campagnes d’information institutionnelles sous la houlette du CSA reprendront, du moins en partie (mais ce sera encore trop !) la rhétorique du COSE.
C’est précisément ce qui a motivé les arguments présentés au nom du gouvernement par Madame Dubos, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, qui a rappelé qu’en l’état actuel des connaissances scientifiques, il était prématuré et dangereux de mêler l’autisme de quelque manière que ce soit à ce débat.

Elle a même expressément cité le Dr Ducanda et les remous provoqués par son emploi du terme autisme virtuel.

Ces réserves, logiques et de bon sens, ont pourtant été balayées d’un revers de main par les sénateurs qui se sont « étonnés » qu’une secrétaire d’Etat ose affirmer qu’il est nécessaire de disposer de bases fiables pour légiférer et de ne pas céder aux sirènes du « tout de suite, trop vite ». C’est pourtant la sagesse même !

Que chacun prenne ses responsabilités !

Depuis plusieurs mois, on peut mesurer les effets de la mainmise du COSE sur le débat sur la surexposition des petits aux écrans. On ne compte plus les CAF, les écoles, les organismes de formation des métiers de la petite enfance qui offrent un boulevard aux conférenciers du COSE pour répandre leurs théories infondées, a-scientifiques et contraires aux recommandations de la HAS sur le repérage et le diagnostic de l’autisme.

Plus grave encore, nous avons appris cette semaine que même la formation continue des médecins généralistes était gangrénée par le COSE.

Va-t-il être donné une audience plus large encore à ces théories nauséabondes dans des campagnes d’information institutionnelles, financées par le contribuable? Le CSA va-t-il se faire le relais du COSE et être complice de la désinformation qui cause déjà de grands torts aux enfants autistes et à leur famille?

Alors, soyons très clairs : aujourd’hui, beaucoup de ceux qui soutiennent ces théories ont peut-être le sentiment de faire acte de bienveillance, d’agir dans l’intérêt des enfants. Ils se font abuser, comme tant d’autres, par les discours fondés sur le « combat de civilisation », l' »alerte de santé publique », ils ont l’impression d’agir pour le bien commun. Mais ils doivent être conscients de la responsabilité qui est alors la leur.

Une responsabilité qui sera immense quand commenceront à s’empiler les cas d’erreurs de diagnostic d’enfants autistes faussement étiquetés addicts aux écrans, quand des aides et étayages nécessaires à une scolarisation ou à des soins seront refusés sous prétexte que l’enfant n’est pas autiste mais surexposé aux écrans. Quand des pans entiers du spectre autistique sortiront du champ du handicap, parce que « ça coûte trop cher et il suffit d’arrêter les écrans pour que l’enfant sorte de sa bulle »…

Ce jour-là, si tous ces gens – politiques, sénateurs, personnalités médiatiques qui se font le relais du COSE comme par exemple Isabelle Filliozat – font mine d’oublier quel aura été leur rôle, nous serons là pour le leur rappeler…

 

ST

 

 

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