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“L’autisme virtuel” est une panique morale et non une alerte sanitaire !

Ce billet rend compte d’un travail d’analyse présenté le 5 juin 2019 à la journée d’étude Les dossiers de l’écran : Controverses, paniques morales et usages éducatifs des écrans” qui donnera lieu à la publication d’un ouvrage dans les mois à venir reprenant l’ensemble des contributions.

Quand j’ai été informée de cette journée d’étude, j’y ai vu l’occasion de prendre du recul et d’analyser sous un angle sociologique l’apparition, la montée en puissance puis l’abandon de “l’autisme virtuel” et ses conséquences sur le milieu scolaire. Je remercie les organisateurs d’avoir accepté ma proposition bien que je ne sois affiliée à aucune université. J’ai bien entendu joué cartes sur table dès le début de ma présentation en indiquant mon appartenance au collectif “Stop autisme virtuel” et mon militantisme sur le sujet, ce qui ne m’a pas empêchée de traiter la question avec rigueur et honnêteté.

Contexte et origine

Voilà le contexte médiatique actuel autour de l »écran », marotte qui indifférencie les pratiques,les supports et les contextes sociaux culturels.

“Lézécrans” c’est le MAL un “diable folklorique” au sens où le sociologue Stanley Cohen l’emploie, c’est-à-dire un objet dépouillé par les médias de toutes les caractéristiques favorables pour ne retenir que les démons négatifs.

À ces méfaits des écrans s’est ajouté en 2017 celui “d’autisme virtuel”.

Pourquoi l’autisme est-il ainsi mis en avant ? On peut faire l’hypothèse que certains aspects de ces troubles envahissants du développement sont de nature à fasciner et à faire peur : ils sont mal connus, déroutent puisqu’une personne autiste peut selon les moments paraître “normale” ou totalement “étrange”, et que contrairement aux idées reçues mais bien ancrées ,elles ne “guérissent” pas.

À l’origine du lien autisme/écrans, on trouve en 2006 une étude de trois économistes américains M. Waldman, S. Nicholson, N. Adilov qui s’intitule : “Does television cause autism ?”. Ils constatent que les États où il y a plus d’enfants diagnostiqués autistes sont aussi ceux où il y a le plus de précipitations, or quand il pleut, les enfants regardent davantage la télévision au lieu d’aller jouer dehors.

L’expression “autisme virtuel” quant à elle est apparue pour la première fois en Roumanie en décembre 2013, elle a été employée par le psychologue Marius Teodor Zamfir, coordonnateur d’un centre accueillant des enfants autistes, dans un article publié sur un blog.

Il y parle d’enfants “autistés” par les écrans qui ont le même diagnostic que ceux atteints d’autisme “classique” mais qui peuvent se rétablir plus vite que les “vrais autistes”. Il confirme ce “diagnostic” dans une recherche publiée en mars 2018 s’appuyant sur l’étude du cas de 110 enfants pris en charge dans des centres pour l’autisme en Roumanie entre 2007 et 2017. L’étude des trois économistes américains évoquée plus haut fait partie des références citées. Il conclut que ses résultats suggèrent un lien de causalité entre la consommation excessive d’écrans et des comportements et éléments similaires à ceux trouvés dans les TSA entraînant une incidence de l’autisme qu’il appelle “autisme virtuel”. Il est intéressant de noter que pour Marius Teodor Zamfir le terme “virtuel” dans “autisme virtuel” est en lien avec l’exposition aux écrans qu’il nomme “dispositifs virtuels”, alors que, nous le verrons plus loin, le collectif CoSE (Surexposition écrans) qui est à l’origine de son emploi en France s’appuie sur “virtuel” pour dire que bien sûr (sic) il ne s’agit pas d’un “véritable” autisme mais de troubles y ressemblant.

Chronologie médiatique

Cliquer sur l’image pour accéder à la ligne chronologique

Il y a eu en septembre 2015 une première tribune publiée dans Le Monde alertant sur le danger des écrans pour les jeunes enfants. Elle n’évoque aucunement l’autisme ou des symptômes s’en rapprochant mais elle est signée par plusieurs personnes qui parleront plus tard “d’autisme virtuel” à savoir des membres du futur collectif CoSE dont le Dr Ducanda et la psychologue Sabine Duflo. Cette alerte ne rencontre pas d’écho médiatique…

Le point de départ de la notion “d’autisme virtuel” est une vidéo du Dr Ducanda postée sur Youtube le 1er mars 2017. Elle alerte en s’appuyant sur sa pratique, ses observations et ses déductions. Au fil de ses interventions médiatiques, elle parle tout d’abord de troubles ressemblant à l’autisme puis “d’autisme virtuel”, disant que des médecins roumains font les mêmes constats qu’elle.

Le point d’orgue de cette chronologie médiatique a été l’émission Envoyé spécial “L’addiction aux écrans, l’héroïne numérique” diffusée le 18 janvier 2018. On y découvre le “petit Rayan” présentant des troubles ressemblant à l’autisme mais qui va “beaucoup mieux” depuis l’arrêt des écrans (bon en vrai il a fini par consulter un “vrai” spécialiste de l’autisme avec plusieurs mois de retard !).

Il y a eu bien d’autres retombées ensuite et aussi de nombreuses réactions de spécialistes de l’autisme et de parents, même si elles ont été beaucoup moins médiatisées que l’alerte.

Les publications de CoSE et “l’autisme virtuel”

Le site de CoSE – Collectif surexposition écrans a été créé le 12 juillet 2017. La photo de la page d’accueil du site représente un garçon évoquant la posture typique d’un enfant autiste qui se bouche les oreilles.

capture d’écran faite le 5 mars 2018

La rubrique intitulée “Autisme Virtuel” apparaît en janvier 2018 sur la page d’accueil, elle mène à un texte explicatif qui débute ainsi : “Des reproches nous sont faits de plus en plus souvent sur la question de l’autisme. Mais cette colère est due à une incompréhension de nos messages. Les choses doivent être claires : nous soignons tous des enfants autistes « vrais » et nous ne disons jamais que les écrans sont à l’origine de l’autisme…” Ce billet a totalement disparu depuis, sans aucune justification du Collectif CoSE quant à cet abandon. On peut néanmoins retrouver la trace de ce texte et le lire en intégralité sur cette page qui a archivé le site tel qu’il était le 4 février 2018.

Au mois de mai 2018 l’habillage du site change, la photo du garçon a disparu, l’accueil comporte une bannière où le “o” de CoSE est remplacé par un dessin de bonhomme.
   
Ce bonhomme est la reproduction d’un dessin issu d’un article publié par un médecin allemand cité dans l’ouvrage “TV lobotomie” de Michel Desmurget. Il circule beaucoup sur les réseaux pour illustrer les méfaits de la télévision et par extension des écrans mais on sait peu de choses de l’étude dont ils sont issus. Vous trouverez un article très complet sur cette question sur ce site québecquois : “Le mystère de la spectaculaire étude sur les enfants et la télé”.

Dans son ouvrage paru en septembre 2018 Sabine Duflo distingue deux types d’enfants, ceux “sains à la naissance” qui présenteraient des troubles divers d’allure autistique et des enfants porteurs de potentialités autistiques dès la naissance et qu’un environnement saturé d’écrans ferait éclore ou renforcerait. Les premiers seraient guéris après l’arrêt des écrans et les seconds deviendraient des autistes de type Asperger après le sevrage. Vous trouverez une série d’excellents billets faisant une recension complète de cet ouvrage dont le premier est ici “Allez, on le débunke, le bouquin de Sabine Duflo ?”.

On constate là encore le décalage entre l’affichage d’intentions “politiquement correctes” du type “on dit que ça ressemble à des troubles autistiques mais ça n’en est pas tout cela est un malentendu” et des analyses totalement contraires au consensus scientifique concernant les TSA !

De la même manière, le Dr Ducanda insiste bien sur le mot “virtuel” mais dit dans sa vidéo à 17:41 “L’augmentation exponentielle des troubles du spectre autistique, touchent tous les pays riches et uniquement les pays riches. Est-ce parce que les pays les plus pauvres n’ont pas encore été envahis par le numérique et les écrans ?

Je ne vais pas lister ici tous les éléments montrant ce double discours mais il y en a de nombreux autres…

Éléments d’analyse sociologique de la “panique morale”

Le sociologue Lilian Mathieu attire l’attention sur le fait que “le concept de panique morale est l’un des plus ambigus du vocabulaire sociologique. En premier lieu parce qu’il paraît implicitement disqualifier, voire condamner, les réalités qu’il désigne. Le terme de « panique » suggère un phénomène marqué par l’irrationalité et suppose que ceux qui y sont soumis connaissent ponctuellement une forme de régression mentale, tandis que l’adjectif « morale » prête le flanc au soupçon de moralisme.

Il ne faut donc pas qualifier un phénomène de “panique morale” à la légère. Ce concept développé par le sociologue Stanley Cohen en 1972, peut être défini comme une situation dans laquelle les peurs du public dépassent largement la menace objective que représente pour la société un individu, un groupe particulier ou une pratique spécifique qui est supposé être responsable d’une menace.

Suivant le travail de Stanley Cohen les paniques morales présentent 3 éléments caractéristiques :

1) Un “diable folklorique”, c’est-à-dire une attention focalisée sur un élément qui est dépouillé par les médias de toutes ses caractéristiques en conservant exclusivement les démons négatifs.
Il s’agit ici de “les écrans”, qui non seulement provoqueraient des troubles de type autistique mais aussi plein d’autres problèmes. “Les écrans” deviennent un amalgame indistinct, responsable de tous les maux.

2) Un écart entre l’inquiétude suscitée et la menace objective.
L’inquiétude suscitée est “les écrans peuvent rendre autistes” même quand c’est formulé plus précautionneusement c’est ce qui est retenu par le public. Elle est donc bien plus importante que la menace réelle puisque la réalité de ce risque n’est montrée par aucune étude sérieuse.
Cela génère en creux un risque de “faux espoir” pour les parents d’enfants présentant des troubles autistiques avec des retards dommageables de diagnostic et d’accompagnement.

3) Des fluctuations au fil du temps dans le niveau d’inquiétude.
On voit sur le graphique suivant* un pic de préoccupation au moment de l’apparition de l’expression “autisme virtuel”, un apaisement en cours même si les conséquences ne sont pas terminées et qu’on assiste à un déplacement sur d’autres peurs.
Le pic correspond au journal de TF1 du 6 septembre 2017 pendant lequel est diffusée une séquence où l’expression “autisme virtuel” est utilisée.

Graphique réalisé avec l’outil Google Trend*

Dans cette histoire “d’autisme virtuel” nous retrouvons aussi d’autres caractéristiques typiques des “paniques morales” décrites par C. Machiels et D. Niget dans leur ouvrage “Protection de l’enfance et paniques morales”.

Une panique morale…

  • donne corps à une rumeur préexistante (la télévision provoque l’autisme)
  • exprime l’angoisse face à la modernité (le numérique et Internet dont on ne maîtrise pas les effets sur notre société)
  • utilise le ressort de la protection d’êtres fragiles et immatures (les jeunes enfants)
  • agite la peur d’une maladie, d’un “fléau” moral et épidémiologique (l’autisme)
  • utilise les médias comme acteurs et vecteurs de la panique morale (Youtube, presse, télévision)
  • projette des victimes dans l’arène médiatique (ici le petit Rayan exposé dans l’émission “Envoyé Spécial”)

Les membres du collectif CoSE sont-ils des “lanceurs d’alerte” ?

Le sociologue Francis Chateauraynaud donne cette définition : “un “lanceur d’alerte” est une personne ou groupe qui rompt le silence pour signaler, dévoiler ou dénoncer des faits, passés, actuels ou à venir, entrant en conflit avec le bien commun ou l’intérêt général.

Les membres de CoSE lancent une alerte dans le cadre de leur expérience professionnelle, ils cherchent à mobiliser le grand public, leurs collègues et les décideurs politiques contre la surexposition des jeunes enfants aux écrans qui comporte selon eux des risques graves et méconnus pour la santé et le développement des enfants. Ils adoptent donc bien une posture de “lanceurs d’alerte”. Cela est valorisant, crée une héroïsation de ceux qui prennent la parole (voice chez Albert O. Hirschman, 1970). Ensuite s’ils subissent des pressions ou sont mal traités ils pourront devenir des figures emblématiques de leur combat et se considérer comme des victimes de leur courage.

Voilà ce qu’on peut lire dans leur plus récente tribune du Monde du 17 janvier 2019.
Pourquoi ne pas appliquer un principe de précaution ? Pourquoi ne veut-on pas entendre les messages d’alerte concernant la surexposition des enfants aux écrans ? Des conférences de membres du collectif sont annulées, leur participation à des émissions écartée. Que craint-on ? Qui défend-on ? L’enfant ou l’industrie du numérique ?

Pour eux, ils sont écartés parce qu’ils dérangent des lobbies mais pas à cause des nombreuses critiques argumentées de spécialistes qui ont pu convaincre des journalistes, des organisateurs de conférences et une partie du grand public.

Notons en passant que cette tribune ne fait absolument plus allusion à l’autisme d’une manière ou d’une autre.

Un autre élément probant en faveur de l’hypothèse que les membres du Collectif CoSE se vivent comme lanceurs d’alerte est ce mail de février 2018 reçu par Hervé Cadiou neurophysiologiste en provenance de la rubrique contact du site de CoSE et diffusé par ce dernier sur les réseaux sociaux. Il demandait au collectif CoSE de revoir sa démarche, de ne pas s’appuyer sur une “intuition” mais sur la recherche.

On peut constater dans la réponse qui lui est faite que l’exagération à des fins d’efficacité est assumée et que le rôle de lanceurs d’alerte est clairement revendiqué par la référence au Dr Irène Frachon.

Quelles conséquences sur l’école ?

Étant enseignante, et actuellement en charge dans un syndicat des questions numérique et éducation, je me suis tout naturellement intéressée à ce que cette panique morale provoque dans le milieu scolaire.

Le Collectif CoSE est composé quasi exclusivement de membres issus du domaine médical et du soin, nous avons donc peu de liens directs avec l’école, excepté le Dr Ducanda, médecin de PMI quand elle a lancé l’alerte (elle a démissionné depuis), qui était alors en contact avec les enfants des écoles et leurs enseignants dans le cadre du bilan de santé obligatoire des enfants de 3-4 ans.

Le Dr Ducanda fait de nombreuses conférences organisées par des écoles ou des mairies destinée aux parents et aux enseignants. Comme on peut le constater dans celle-ci dont la vidéo est en ligne, elle parle beaucoup de l’école, pointe la hausse des difficultés, des handicaps, des AVS (Aides de vie scolaires maintenant appelées AESH) qui coûtent cher. Elle ne semble pas vouloir faire le lien avec la loi de 2005 sur l’inclusion scolaire et l’amélioration des diagnostics. Pour elle cela est évident que cette “explosion des troubles” est due à l’exposition aux écrans !

La médiatisation des thèses du Collectif CoSE a produit, et produit encore, des conséquences dans le corps enseignant qui pensant bien faire prend des initiatives plus ou moins malheureuses.

Voici par exemple un message diffusé par une enseignante en avril 2018 sur un réseau social puis effacé suite à une discussion sur son caractère problématique.

En effet, un professeur des écoles ne doit pas prendre l’initiative devant des signes inquiétants de renvoyer les parents vers une vidéo, fut-elle celle d’un médecin ! Il doit adresser la famille au médecin scolaire et/ou au psychologue de l’Éducation nationale, seuls compétents pour évaluer la situation et orienter les parents vers les prises en charge adaptées à leur enfant.
Pensant être correctement informés, des enseignants en toute bonne foi peuvent induire des parents en erreur, contribuer à un retard de diagnostic et de prise en charge, surtout dans un contexte de pénurie en médecins et psychologues dans l’institution scolaire.

Il y a aussi des écoles qui ont diffusé des mots à destination des parents dans les cahiers de liaison des élèves. Ce document a été publié par le site Gynger le 3 février 2018.

 

Cette pratique semble persister, même s’il est difficile d’évaluer son ampleur réelle, comme le montre ce mot distribué dans des écoles maternelles du 93 début 2019. On peut néanmoins noter une évolution, le terme “autisme” n’y figure pas.

Il y a aussi des conséquences concrètes concernant les élèves autistes inclus dans les écoles, pour beaucoup d’entre eux les outils numériques sont des aides précieuses, or maintenant traîne l’idée que les écrans pourraient être mauvais pour eux et “aggraver” leur autisme. Olivia Cattan, journaliste, écrivaine et présidente de SOS autisme France, postait ce message sur Facebook le 31 janvier 2018.

Les nombreuses conférences sur le danger des écrans sont susceptibles de façon directe ou indirecte de véhiculer ou renforcer des idées relevant davantage de l’alerte dramatisée que d’informations scientifiques sérieuses. Le psychologue Serge Tisseron pointe dans l’émission “Arrêt sur images” du 9 février 2018 les dangers qu’il y a selon lui à présenter aux parents une alerte qui renvoie au médical ce qui relève en fait majoritairement de l’éducatif.
C’est d’ailleurs cet aspect qui préoccupe de façon légitime les parents : comment gérer aussi efficacement que possible les problématiques du quotidien en famille qui se cristallisent souvent autour des écrans ?

La dernière publication en date du collectif CoSE dans un grand média est leur tribune du Monde du 17 janvier 2019 qui confirme le changement de registre dans leur discours : l’abandon de “l’autisme virtuel” et de toute référence à des troubles évoquant les TSA avec un recentrage sur l’épidémie (le terme est employé plus loin dans la tribune) des troubles cognitifs.

Les répercussions sur l’école, malgré l’abandon de “l’autisme virtuel”, n’ont pas fini de faire leur œuvre, il faudra beaucoup de temps pour que le lien autisme/écrans se dénoue et parallèlement le collectif CoSE en alimente d’autres, moins choquants, mais tout aussi délétères.

Dernier exemple récent, cette affiche tweetée le jour des élections européennes et ainsi commentée “en plus c’est l’occasion de se rendre dans une école primaire où l’on trouve des conseils forts pertinents.

En conclusion

Il semble difficile de nier que “l’autisme virtuel” comporte de nombreuses caractéristiques qui en font une panique morale.

Les membres de CoSE qui ont diffusé cette alerte ne peuvent strictement se revendiquer comme lanceurs d’alerte alors qu’ils ont revu leur argumentaire, en évacuant totalement toute référence à l’autisme, sans jamais s’en expliquer de façon transparente.

Par ailleurs, il parait légitime de s’interroger sur la validité des autres maux imputés aux écrans qui pourraient, eux aussi, relever de paniques morales.

Qu’adviendra-t-il par exemple des moyens accordés par l’Éducation nationale pour la scolarisation des enfants en situation de handicap si on considère que les troubles cognitifs sont majoritairement dus à une surexposition aux écrans ? Comment va-t-on par ailleurs contrer le raccourci “les écrans rendent autistes” qui risque de persister longtemps ?

Il convient donc, notamment dans le cadre scolaire, de rester vigilants pour ne pas prendre le risque de diffuser des paniques morales. Examinons avec sang-froid et lucidité les discours diabolisants – (se) faire peur empêche de penser – et cherchons ensemble avec les parents les moyens éducatifs permettant de gérer plus sereinement les activités numériques en famille.

Stéphanie de Vanssay

 

*L’outil utilisé ici est Google Trend : les résultats reflètent la proportion de recherches portant sur un mot clé donné dans une région et pour une période spécifiques, par rapport à la région où le taux d’utilisation de ce mot clé est le plus élevé (valeur de 100). Ainsi, une valeur de 50 signifie que le mot clé a été utilisé moitié moins souvent dans la région concernée, et une valeur de 0 signifie que les données pour ce mot clé sont insuffisantes.

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Bibliographie

      • M. Waldman, S. Nicholson, N. Adilov, “Does television cause autism ?”, NBER Working Paper Series, n° 12632, 2006
      • Marius Teodor Zamfir, “The consumption of virtual environment more than 4 hours/day, in the children between 0-3 years old, can cause a syndrome similar with the autism spectrum disorder”, Journal of Romanian Literary Studies, 13, p. 953-968
      • Desmurget Michel, “TV Lobotomie : La vérité scientifique sur les effets de la télévision”, Éditions Milo, 2011
      • Cohen, S., (1972), “Folk devils and moral panics. The invention of mods and rockers”, Réed Blackwell 1987.
      • Lilian Mathieu, “L’ambiguïté sociale des paniques morales”, Sens-Dessous 2015/1 (N° 15), p. 5-13.
      • Machiels C. et Niget D., “Protection de l’enfance et paniques morales”, Bruxelles, Fabert, 2012
      • Francis Chateauraynaud, “Lanceur d’alerte”, in CASILLO I. avec Barbier R., Blondiaux L., Chateauraynaud F.,
      • Fourniau J-M., Lefebvre R., Neveu C. et Salles D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013,
      • Albert O. Hirschman, “Exit, Voice, and Loyalty : Responses to Decline in Firms, Organizations, and States”, Cambridge, MA, Harvard University Press, 1970

L’autisme virtuel, autant une « fake new » que la causalité avec les vaccins !

Cela fait un certain temps que nous n’avons pas publié d’articles sur le site de notre collectif. Non que nous ayons « lâché l’affaire », mais tout simplement parce que nous sommes des familles, des personnes avec autisme, et des professionnels bien occupés ! Et comme, contrairement au COSE, ce combat n’est pas notre gagne-pain, nous ne pouvons pas toujours prendre le temps d’écrire régulièrement, car nous devons établir des priorités !

Mais nous tenions à signaler l’intervention de Pierre Lescure, dans l’émission « C à vous », le 2 avril, journée mondiale de sensibilisation à l’autisme.

Dans sa chronique très justement intitulée « les escrocs de l’autisme », il a évoqué les « fake news » qui pourrissent le sujet et sont sources de désinformation et de préjugés auprès du grand public. Et c’est avec une grande satisfaction que nous avons pu l’entendre rappeler que NON, les vaccins ne causent pas l’autisme et que NON, la surexposition aux écrans ne cause par un autisme virtuel.

Le replay est encore disponible pour quelques jours ici : https://www.france.tv/france-5/c-a-vous/c-a-vous-saison-10/939907-c-a-vous.html

 

 

 

Solidarité avec les plaignantes

Des mamans d’enfants autistes ont porté plainte auprès du Conseil de l’Ordre des Médecins du département de l’Essonne contre le docteur Anne-Lise Ducanda-Kerhoz (ancien médecin de PMI et membre fondateur du collectif CoSE Surexposition écrans).

Que lui reproche-t-on ?

De contrevenir à plusieurs règles éthiques et déontologiques de son ordre professionnel, dans le cadre de sa campagne médiatique, de sa pratique médicale, et en tant que conférencière, concernant le lien qu’elle prétend, alors que non fondé scientifiquement, entre l’autisme/les troubles du spectre de l’autisme (TSA) et la « surexposition aux écrans » (« autisme virtuel » et toute terminologie apparentée : pathologie qui n’existe pas en médecine), ainsi que, comme conséquence de ces agissements, un préjudice porté à des enfants, notamment une entrave au diagnostic entraînant des retards de prises en charge.

Le docteur Ducanda ayant refusé les termes de chacune des « conciliations », première étape de la procédure ordinale, déjà trois plaintes de mamans d’enfants autistes ont été transmises par le Conseil de l’Ordre, qui s’y est associé, à la Chambre Disciplinaire de première instance (CDPI IDF). Deux d’entre elles sont d’ores et déjà jugées recevables.

Ces procédures génèrent des frais personnels pour les mamans (envois des mémoires en 6 exemplaires, déplacements…). De plus, un accompagnement juridique (avocat…) s’impose, il faut prévoir une participation financière.

Aussi, le Collectif Stop Autisme Virtuel a décidé de créer cette cagnotte solidaire pour que tout ou partie des frais, supportés par les mamans plaignantes, puissent être couverts, pour toute procédure nécessaire relative à l’exercice de leurs droits, liée à cette affaire.

Vous pouvez contribuer ici : https://www.leetchi.com/c/soutien-aux-mamans-ayant-porte-plainte

L’information grand public sur la surexposition aux écrans ne doit pas être inspirée par le COSE !

La proposition de loi sur la surexposition aux écrans votée le 20 novembre par le Sénat donne les pleins pouvoirs au CSA dans des campagnes d’information auprès du grand public et suscite au sein de notre collectif les plus vives inquiétudes.
Il ne s’agit pas ici de contester les dangers de la surexposition aux écrans, mais de dénoncer l’affirmation infondée scientifiquement qu’ils puissent susciter un syndrome « d’allure autistique » ou avoir un lien quelconque avec l’autisme TSA. Cette affirmation dangereuse notamment pour les autistes et leurs familles est abondamment propagée dans les médias et relayée auprès des pouvoirs publics par le Dr Ducanda et son collectif COSE.
Pour ceux qui ne connaissent le sujet que partiellement, le rapport entre COSE et les campagnes d’information confiées au CSA ne paraît pas évident.
Il est pourtant au cœur du sujet, et pour bien le comprendre, quelques explications s’imposent.

Petit rappel sur les théories a-scientifiques du COSE

Sans études, sans prudence, le COSE fait un lien entre surexposition aux écrans et troubles du spectre de l’autisme, allant de l’autisme virtuel à l’autisme-like, en passant par “faux autistes” VS autistes “vrais”, autistes « primaires » VS autistes « secondaires » à l’utilisation des écrans , « d’allure autistique »,  « ressemblant en tout point à des troubles autistiques » etc,etc…
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Ces allégations qui ne sont qu’une simple intuition clinique ne peuvent être ainsi diffusées publiquement sans aucune validation scientifique d’autant plus qu’elles contreviennent aux bonnes pratiques édictées par la Haute Autorité de Santé, qui insistent sur la nécessité du repérage et du diagnostic précoces.
L’ANECAMSP, avec le soutien du CNSA, organise actuellement une campagne insistant sur l’urgence du repérage et du diagnostic en matière de handicap .
Nous rappelons qu’une loi en ce sens a été votée par l’Assemblée Nationale,insistant également sur l’urgence d’un repérage et d’un diagnostic précoces.

 

Le COSE soutient donc des positions qui ne sont pas conformes à celles adoptées par les organismes ayant autorité en matière de santé publique.

Et pourtant, le COSE va prendre une grande part dans les campagnes d’information  confiées au CSA…

CSA/ COSE : des relations étroites

Quatre membres du collectif COSE surexposition écrans (dont Sabine Duflo) ont été auditionnés dans le cadre de cette PPL .
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Or, Mme Duflo affirme explicitement dans son livre et dans les médias que l’exposition aux écrans cause des troubles autistiques, appelés dans un premier temps « autisme virtuel », puis rebaptisés au gré de l’évolution médiatique de cette pseudo alerte ainsi que de plaintes contre le Dr Ducanda, membre du même collectif, « symptômes d’allure autistique », « exposition précoce et excessive aux écrans » etc…
L’article de loi confiant le soin au CSA de mener les campagnes d’information sur le sujet  lui permettrait d’augmenter de façon colossale sa portée et de faire passer sa propagande pour des messages d’intérêts publics.
Un membre du comité experts jeunesse au CSA (Carole Bienaimé Besse) a répandu le terme a-scientifique d’”autisme virtuel” dans une dépèche AFP fin 2017 qui a fait le tour des médias du monde entier.
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Elle a intégré Sabine Duflo au sein de son comité d’experts, sur lequel s’appuie le CSA, fin janvier 2018, et le calendrier n’est pas anodin puisque nous étions alors en plein matraquage médiatique autour du Dr Ducanda, après des réunions en présence de ces deux dernières.
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Notons également la présence de Geneviève Avenard au sein de ce même comité,défenseure des enfants auprès du Défenseur des Droits et la mention sur les écrans qui ne nous aura pas échappée dans le rapport annuel à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’enfant.
Et pour enfoncer le clou, la sénatrice auteure de cette PPL a recommandé la nomination de Carole Bienaimé Besse au CSA.
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Ainsi,un comité dont deux membres ont brandi la théorie d’un pseudo autisme induit par les écrans auraient le loisir de légitimer ces assertions par le biais des pouvoirs publics et les propos du Dr Ducanda s’en trouveraient renforcés.

D’ores et déjà,des témoignages nous remontent de parents à qui les professionnels de l’enfance recommandent dans un premier temps une cure d’arrêt des écrans au lieu de les orienter vers des équipes de professionnels à même de confirmer ou infirmer un diagnostic d’autisme ou autre trouble du neuro-développement.
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AUTISME 66 (1)
Des diagnostics sont retardés ou niés sur des suppositions de temps passé devant les écrans.
Le schéma départemental d’aide à l’enfance et aux familles de l’Essonne (terrain de jeu du Dr Ducanda) mentionne d’ores et déjà en page 29 une corrélation insolite et plus que douteuse (basée sur quoi?) entre écrans et augmentation de dossiers MDPH.
A l’heure où la France commençait à peine à sortir de décennies d’obscurantisme en matière d’autisme, des collectifs anti-écrans s’organisent, soutenus par des professionnels aux idées passéistes. C’est un retour en arrière brutal qui s’annonce, pour ne pas dire une catastrophe.
C.K

Petite mise au point à destination des gens de bonne foi…et des autres

Le dimanche 25 novembre, notre collectif a engagé un certain nombre d’échanges sur Twitter avec des partisans du COSE.

Nous avons été frappés par des arguments récurrents qui nous ont été opposés à plusieurs reprises par plusieurs twittos.

Peut-être à court d’arguments, nos contradicteurs nous ont répondu, parfois sous forme d’une question, parfois sous forme d’une affirmation, que si nous combattions les théories du COSE, c’est donc que nous étions favorables à la surexposition des tout-petits aux écrans.

Assez rapidement, il est apparu que ceux qui tenaient de tels propos avaient deux types de profil :

– certains sont engagés sur le fond du dossier, dans le camp du COSE. Ils connaissent donc mieux le sujet et ont évidemment tout intérêt à nous décrédibiliser en travestissant nos propos pour nous faire passer pour des irresponsables, favorables à une exposition précoce des tout-petits aux écrans. Ceux-là sont indiscutablement de mauvaise foi et espèrent ainsi détourner l’attention du problème de fond, et éviter de développer une argumentation sérieuse. Nous avons eu hier quelques exemples de « bottages en touche » assez extraordinaires pour éviter de répondre aux « questions qui dérangent ». Sur ce point, nous avons déjà amplement argumenté, non seulement ces derniers mois mais aussi plus récemment via ce collectif et son site internet, pour expliquer notre position. Pour ces twittos-là, pour qui la mauvaise foi fait office d’argumentation, il n’y a malheureusement pas grand chose à faire : qui est de mauvaise foi un jour le restera toujours, surtout s’il y a un intérêt personnel.

– mais nous avons également échangé avec des twittos, pour certains soutiens des précédents, mais qui connaissent bien moins le fond du sujet et ses enjeux, car non impliqués personnellement dans le débat. Eux aussi nous ont fait ce même reproche, mais peut-être sont-ils encore éducables sur le sujet. C’est pour ceux-là que nous apporterons quelques précisions importantes.

Première précision

Ne confondons pas tout : l’objet de notre collectif est de lutter contre les manipulations du COSE et de ses soutiens qui ont sciemment mêlé l’autisme à la discussion sur la surexposition des tout-petits aux écrans, il y a de cela maintenant plusieurs mois.

La surexposition des enfants aux écrans et leurs effets, que ce soit sur le plan du développement ou scolaire, est peut-être une réalité. Mais quel que soit le débat sur ce point, il n’existe aucune raison valable d’y mêler l’autisme en l’état actuel des connaissances sur le sujet. D’autant plus pour conclure qu’il existe de faux autistes, qui coûtent cher à la société et qu’on peut « guérir » par un simple arrêt des écrans. Sur ce point, nous ne saurions trop recommander la lecture du livre de Sabine Duflo « Quand les écrans deviennent neurotoxiques ». Même si cela nous ennuie évidemment de faire sa publicité, c’est pourtant une lecture très éclairante sur la question de l’autisme virtuel, objet de notre collectif, et ceux qui soutiennent le COSE trouveraient sans doute dans cette lecture matière à remettre en cause certaines de leurs certitudes sur le « combat » mené par le COSE…

Nous le répétons : c’est sur ce sujet de l’autisme virtuel, et uniquement sur ce sujet, que notre collectif a été constitué. Comme tout collectif, il réunit des personnes d’horizons, de sensibilités, d’expériences différentes, qui peuvent chacune avoir un avis différent sur l’éducation aux écrans, leur place dans les apprentissages, l’âge auquel il est possible de confier un objet numérique à un enfant, etc. Il est donc ridicule d’interroger notre collectif en tant que tel sur son avis sur le temps d’exposition à ne pas dépasser pour les très jeunes enfants : c’est un autre débat, ce n’est pas celui du collectif, et sur cette question, chacun est en droit d’avoir son avis personnel qui n’engagera pas celui du collectif.

Nous le redisons clairement, même si nous l’avons déjà dit et qu’il suffit de lire nos articles pour le savoir : nous ne sommes pas des psychopathes prêts à mettre entre les mains d’un très jeune enfant (1 ans, 18 mois) un smartphone, une tablette, un jeu vidéo, et cela plusieurs heures par jour. Ceux qui font de tels raccourcis feraient mieux d’argumenter au lieu de caricaturer bêtement.

Nous ne militons pas non plus pour un usage intensif du numérique dès le plus jeune âge, que ce soit à l’école ou dans la vie familiale. Sur ce point, là encore, chaque membre de notre collectif peut avoir son opinion, l’exprimer en son nom, mais cela n’est pas le combat du collectif en lui-même.

En revanche, nous nous opposons avec la plus grande vigueur à l’idée qu’on puisse faire sortir du champ du handicap plusieurs catégories d’autistes, faussement considérés comme addicts aux écrans, et qu’on en fasse un argument pour les priver des étayages nécessaires, notamment à une inclusion scolaire réussie (AESH, aménagements d’examens, etc). Nous nous opposons à cet immonde argument économique du coût pour la société de cet étayage et à cette solution miraculeuse de l’arrêt des écrans en guise de thérapie.

Deuxième précision

Nous avons été frappés hier, lors de ces échanges twittesques, par le nombre de personnes qui s’expriment de manière extrêmement catégorique, tout en affirmant pourtant des contre-vérités ou en soutenant des positions qui démontrent clairement qu’elles n’ont pas saisi les enjeux du débat.

On sait que sur Twitter, dans l’instantanéité des échanges, on est parfois tenté d’intervenir sur tout, parfois par conviction, parfois pour défendre un allié. Cela n’empêche pas cependant de se documenter un minimum sur les sujets sur lesquels on débat, surtout quand on y met une certaine hargne. Jamais autant d’études sorties de nulle part n’ont été invoquées hier, par des gens qui font confusion sur confusion ou n’ont même pas compris le sens et la portée des études qu’ils invoquent.

On peut ne pas être d’accord avec les positions que soutient notre collectif. En revanche, il y a un reproche que l’on ne peut pas nous faire, c’est celui de ne pas maîtriser notre sujet. Le collectif Stop Autisme Virtuel est constitué de personnes d’horizons divers qui, toutes sans exception, se documentent inlassablement depuis des mois sur le sujet, lisent absolument tout ce qui est publié, et surtout, analysent chaque information. C’est cette expertise commune, régulièrement entretenue, qui nous permet d’asseoir notre argumentation et aussi de mesurer à quel point la méconnaissance de beaucoup de ceux qui relaient aveuglément la théorie de l’autisme virtuel est immense.

En cela, le COSE a réussi son coup : à force de matraquage d’idées présentées comme des vérités scientifiques, à force de conviction, bien aidés par les médias en mal d’info racoleuses, ils ont réussi à se faire passer pour des lanceurs d’alerte et à manipuler l’opinion sur l’existence d’un lien entre autisme et écran.

Il est pardonnable pour le « grand public » d’être tombé dans un piège aussi bien ficelé. En revanche, s’y vautrer en restant sourds aux arguments contraires et persister à propager ces idées néfastes sans en saisir tous les enjeux, ça l’est déjà moins.

 

ST

Vote au Sénat de la proposition de loi contre l’exposition précoce des enfants aux écrans : pourquoi il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir !

Hier, le 20 novembre, la proposition de loi de Catherine Morin Dessailly pour lutter contre l’exposition précoce des enfants aux écrans a été votée au Sénat par 333 voix pour et 2 voix contre. Ce vote a été salué comme une « victoire en cette journée internationale des droits de l’enfant ».

Une victoire? Pas pour les enfants autistes, en tout cas. Mais pour s’en rendre compte, encore faut-il se donner la peine de dépasser les lieux communs et la bonne conscience qui prévalent habituellement sur ce sujet, et gratter un peu pour voir ce qui se cache derrière ces si bonnes intentions… Décryptage !

Un texte qui s’inscrit dans l’habituelle inflation législative française

Le texte adopté, provisoire dans l’attente de la navette législative, est plutôt succinct puisque il tient en un article unique ainsi rédigé :

« Le titre 3 du livre Ier de la deuxième partie du code de la santé publique est complété par un chapitre VI ainsi rédigé:

« Prévention de l’exposition précoce des enfants aux écrans

Article L. 2136-1 : Les unités de conditionnement des outils et jeux numériques comportant un écran contiennent un message avertissant des dangers des écrans pour le développement des enfants de moins de 3 ans. Un décret précise les modalités d’application du présent article. 
Article L. 2136 – 2 : Les messages publicitaires en faveur des équipements mentionnés à l’article L. 2136-1 contiennent un message avertissant des dangers des écrans pour le développement des enfants de moins de 3 ans. Un décret précise les modalités d’application du présent article.
Article L. 2136-3 : Des actions d’information et d’éducation institutionnelles sur l’utilisation des écrans sont assurées régulièrement en liaison avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel. »

Rien de bien révolutionnaire ni de très imaginatif, n’en déplaise à Catherine Morin Dessailly qui donne l’impression d’avoir mené un combat de civilisation avec ces trois articles. C’est d’ailleurs bien la raison pour laquelle cette loi a obtenu une forte adhésion, non seulement des sénateurs qui l’ont votée les yeux fermés, mais également du grand public qui voit forcément d’un bon œil qu’on se soucie du bien-être des enfants de moins de 3 ans. Evidemment, qui pourrait être contre la protection des bébés, à part un psychopathe sans cœur?

On reste rêveur devant les deux premiers articles : de quels dangers exactement va-t-on avertir dans ce fameux message? Ce danger reposera t-il sur des faits avérés ou sur des constatations faites « au doigt mouillé » par des professionnels de terrain qui érigent en vérités absolues ce qu’ils constatent en consultation, sans tenir compte du moindre biais ? Pourquoi limiter ce message aux « unités de conditionnement des outils et jeux numériques comportant un écran »? Pourquoi cette fixette sur les écrans, cette polarisation sur l’objet et non sur son contenu et l’usage qui en est fait?  Est-ce à dire qu’un jeu numérique sans écran ne présente aucun danger et peut donc, sans problème, être mis entre les mains d’un enfant de moins de 3 ans? C’est tout bonnement ridicule ! Et ça montre surtout à quel point ceux qui s’emparent du sujet et le confisquent au nom de bons sentiments en sont ignorants !

Alors cette loi est-elle, finalement, une énième réglementation pondue à la va-vite, pour paraître dans l’air du temps, une énième loi inapplicable ou du moins sans effet réel? Malheureusement, ce n’est pas si simple. Derrière cette apparente banalité se cachent en réalité des enjeux bien plus importants que peu de gens, à commencer par les sénateurs eux-mêmes, ont saisis.

Des campagnes d’information institutionnelle….inspirées par le COSE?

Le troisième article est, à notre sens, beaucoup moins anecdotique que les deux premiers puisqu’il annonce des campagnes d’information institutionnelle sur le sujet, sous la houlette du CSA.

De quelle manière seront menées ces campagnes d’information institutionnelle, et sur la base de quoi reposeront-elles? C’est là que le bât blesse.

Pour mieux comprendre les enjeux, il faut faire l’effort de se replonger un peu dans la chronologie de cette campagne médiatique « anti-écrans » menée depuis 2017 par le COSE.

Dès 2017, le COSE, et en particulier le Dr Ducanda, lancent une campagne ultra médiatique, qui s’est poursuivie pendant toute l’année 2018, et qui fait la part belle à cette fameuse théorie de l’autisme virtuel, inspirée de théories roumaines non étayées.

Soyons clairs : l’autisme, qui n’avait rien à faire dans le débat sur la surexposition des petits aux écrans, y a été introduit à dessein, en guise d’épouvantail, pour faire monter d’un cran l’angoisse des parents et susciter une adhésion plus large à « la cause ». Objectif atteint, particulièrement après l’émission Envoyé Spécial dont on connaît les ravages.

Le mot « autisme » est sans cesse prononcé dans les vidéos, les conférences, les émissions, en entretenant une habile confusion entre « autisme » et « signes ou troubles autistiques ». A la sortie du livre de Sabine Duflo, autre membre du COSE, en octobre dernier, le doute n’est plus permis : il est clairement évoqué un autisme  » provoqué ou potentialisé par les écrans ».

On rappellera qu’à aucun moment le COSE n’a été capable de fournir la moindre étude scientifique un tant soit peu fiable et sérieuse à l’appui de ses affirmations. Le Dr Ducanda se contente d’évoquer SEPT malheureux cas d’enfants qui auraient été faussement diagnostiqués autistes alors qu’en réalité addicts aux écrans. Ne parlons même pas des cas relatés sur le site Internet du COSE ou dans le livre de Sabine Duflo, qui sont bourrés d’invraisemblances et d’incohérences…

Il ne s’agit donc en rien de données scientifiques établies ou du moins un tant soit peu sérieuses, qui feraient de ceux qui les diffusent des « experts » sur la question. Or, on constate que le CSA a placé en position d’experts, en les auditionnant, en les citant, en s’inspirant de leurs « travaux », des membres du COSE, dont Sabine Duflo qui a participé à de nombreuses rencontres avec Carole Bienaimé Besse, conseillère au CSA et chargée de la question de la surexposition aux écrans…

Sabine Duflo fait d’ailleurs partie du « comité d’expert jeune public » du CSA mis en place en janvier 2018 par Carole Bienaimé Besse.

Tout porte donc à croire que ces fameuses campagnes d’information institutionnelles sous la houlette du CSA reprendront, du moins en partie (mais ce sera encore trop !) la rhétorique du COSE.
C’est précisément ce qui a motivé les arguments présentés au nom du gouvernement par Madame Dubos, secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, qui a rappelé qu’en l’état actuel des connaissances scientifiques, il était prématuré et dangereux de mêler l’autisme de quelque manière que ce soit à ce débat.

Elle a même expressément cité le Dr Ducanda et les remous provoqués par son emploi du terme autisme virtuel.

Ces réserves, logiques et de bon sens, ont pourtant été balayées d’un revers de main par les sénateurs qui se sont « étonnés » qu’une secrétaire d’Etat ose affirmer qu’il est nécessaire de disposer de bases fiables pour légiférer et de ne pas céder aux sirènes du « tout de suite, trop vite ». C’est pourtant la sagesse même !

Que chacun prenne ses responsabilités !

Depuis plusieurs mois, on peut mesurer les effets de la mainmise du COSE sur le débat sur la surexposition des petits aux écrans. On ne compte plus les CAF, les écoles, les organismes de formation des métiers de la petite enfance qui offrent un boulevard aux conférenciers du COSE pour répandre leurs théories infondées, a-scientifiques et contraires aux recommandations de la HAS sur le repérage et le diagnostic de l’autisme.

Plus grave encore, nous avons appris cette semaine que même la formation continue des médecins généralistes était gangrénée par le COSE.

Va-t-il être donné une audience plus large encore à ces théories nauséabondes dans des campagnes d’information institutionnelles, financées par le contribuable? Le CSA va-t-il se faire le relais du COSE et être complice de la désinformation qui cause déjà de grands torts aux enfants autistes et à leur famille?

Alors, soyons très clairs : aujourd’hui, beaucoup de ceux qui soutiennent ces théories ont peut-être le sentiment de faire acte de bienveillance, d’agir dans l’intérêt des enfants. Ils se font abuser, comme tant d’autres, par les discours fondés sur le « combat de civilisation », l' »alerte de santé publique », ils ont l’impression d’agir pour le bien commun. Mais ils doivent être conscients de la responsabilité qui est alors la leur.

Une responsabilité qui sera immense quand commenceront à s’empiler les cas d’erreurs de diagnostic d’enfants autistes faussement étiquetés addicts aux écrans, quand des aides et étayages nécessaires à une scolarisation ou à des soins seront refusés sous prétexte que l’enfant n’est pas autiste mais surexposé aux écrans. Quand des pans entiers du spectre autistique sortiront du champ du handicap, parce que « ça coûte trop cher et il suffit d’arrêter les écrans pour que l’enfant sorte de sa bulle »…

Ce jour-là, si tous ces gens – politiques, sénateurs, personnalités médiatiques qui se font le relais du COSE comme par exemple Isabelle Filliozat – font mine d’oublier quel aura été leur rôle, nous serons là pour le leur rappeler…

 

ST